Je vous propose de partir à la découverte de la mystérieuse île de Pâques, dans l’océan Pacifique.

L’île de Pâques fait partie du triangle polynésien, délimité par elle-même, la Nouvelle-Zélande et la Polynésie Française ; ce triangle rassemblant des îles ayant une culture similaire. Les terres habitées les plus proches sont à 3700 km pour le Chili et à 4000 km pour la Polynésie Française (sans mentionner Pitcairn), ce qui en fait l’île la plus isolée au monde.

L’île est connue pour ses Moaïs, des statues géantes érigées dos à l’océan. Une petite île volcanique en somme, pas de quoi écrire un roman. Je m’attendais donc à visiter l’île, prendre quelques clichés et passer à l’étape suivante. Eh bien non ! C’est une vraie claque que j’ai prise. Empreinte de mystères, de beauté naturelle et d’histoires plus ou moins tragiques ; emplie de chevaux et de taureaux sauvages ; dotée de paysages et de belles plages telles qu’Anakena ou Ovahe, l’île de Pâques à tout pour plaire si ce n’est ses 250 jours de pluie par an.

La légende des Moaïs de l’île de Pâques

Disséminés à travers l’île, ce sont plus de 800 statues que l’on peut admirer érigées, couchées ou tombées. On ne sait toujours pas exactement comment ces masses pesant jusqu’à 70 tonnes étaient transportées sur des dizaines de kilomètres, de leur lieu de fabrication à leur plateforme finale (ahu). La tradition orale raconte que les Moaïs marchaient… (probablement une technique de transport procurant cette impression, comme l’ont montré certaines théoriques archéologiques). Peut-être un moyen de les rendre « vivants », tout comme les yeux en corail blanc qu’on leur ajoutait une fois taillés. Car les Moaïs ne sont pas des dieux  ; ce sont des représentations d’ancêtres et d’autres personnalités. Tournés pour la plupart dos à l’océan et face à l’île, ils étaient garants de protection pour le peuple.

Plusieurs sites permettent de découvrir ces Moaïs mais les plus impressionnants sont les suivants :

Tahai (grandiose au coucher du soleil) ;

Tongariki, avec ses 15 Moaïs ;

les 15 moaïs de l'île de Pâques

– et surtout Rano Raraku (volcan). Ce dernier est le berceau des statues; une carrière où elles étaient taillées et extraites directement dans la roche volcanique. A déambuler dans les allées, le site ressemble à mon sens davantage à un cimetière de Moaïs. Le temps y est comme figé. De nombreux géants, toujours plus grands, jonchent un peu partout à différents états de construction, car la course folle à la création des Moaïs s’est arrêtée brusquement il y a quelques centaines d’années. De nombreuses statues ont alors été renversées/profanées. Que s’est-il passé ?

Des historiens estiment qu’une série de facteurs cumulés (agriculture intensive, disparition des forêts, appauvrissement des sols, famine, luttes inter-tribus…) ont fait chavirer la croyance des polynésiens dans les Moaïs en la remplaçant par le culte de l’homme-oiseau (Tangata manu). Plusieurs traces de ce culte peuvent être observées sur l’île aux travers des Pétroglyphes (représentations gravées sur la pierre), mais surtout sur le site d’Orongo où le culte était le plus fort. Il est possible de s’y rendre en voiture, mais une petite marche de 2h aller-retour depuis le centre d’Hanga Roa est bien plus sympathique. Et une petite surprise vous attend à l’arrivée : la vue sur le volcan Rano Kau. Depuis le village d’Orongo, on peut également y apercevoir l’île Motu Nui dont la tradition voulait que chaque année des hommes issus de chaque clan partent à la nage afin d’y obtenir le premier œuf pondu par une hirondelle de mer. Le vainqueur devenait le Tangata manu pour un an avec tous les privilèges associés.

Au final, les Moaïs restent en grande partie une énigme, accentuée par la pauvreté des récits et de la culture subsistante. L’atmosphère régnant sur l’île est particulière, ce qui m’aura donné l’envie de retourner sur les principaux sites deux jours de suite…

La tragédie de RAPA NUI

Lorsque nous avons quitté l’île, j’avais comme un sentiment d’inachevé. L’île me hantait en quelque sorte et je voulais en savoir plus sur elle. Nous avions visité le musée de l’île portant sur le mode de vie des anciens polynésiens, sur les Moaïs et sur l’homme-oiseau, mais ce que je découvre sur Youtube est un vrai choc ! Les Rapa Nui ne sont libres que depuis 1966 !

Remontons un peu dans le temps : On estime que le peuplement de l’île par des polynésiens a commencé entre les années 400 et 800. Baptisée l’île de Pâques en 1722 suite à sa découverte par un explorateur hollandais le jour de Pâques (ils ne sont pas allés chercher bien loin …), son véritable nom est en fait RAPA NUI. Annexée ensuite à la couronne Espagnole en 1770 mais délaissée du fait de son éloignement, les polynésiens seront réduits à l’esclavage par le Pérou, pillés, marqués par les différentes expéditions de missionnaires venus prêcher la bonne parole, enclins aux maladies importées… L’île sera finalement intégrée au Chili en 1888. Et ce ne sera pas mieux. Dès lors, les habitants sont parqués et humiliés dans la ville d’Hanga Roa (la seule ville de l’île, représentant 6% du territoire). Le reste du pays est exploité par une société lainière. Aucune liberté pour ce peuple qui souffre dans le silence, l’indifférence et/ou la méconnaissance du monde. Ce n’est qu’en 1966 que leur voix se fait entendre et que les Rapa Nui redeviennent libres. La tension avec le Chili est encore aujourd’hui palpable et visible mais je comprends mieux à présent pourquoi. Perte d’identité, perte de culture, cette tragédie contribue largement à la méconnaissance actuelle des Moaïs et ironie du sort aux mystères de Rapa Nui,  ce qui contribue largement à l’activité touristique.

Au final, l’île se découvre et se savoure lentement pour ne pas en perdre une miette : partir en ballade vers le point culminant de l’île (Terevaka) vous donnera une vue surplombante sur l’île, observer les surfeurs déjouant les vagues d’Hanga Roa, se baigner dans les piscines naturelles aux allures magiques en fin de journée, assister au lever de soleil à Tongariki ou au coucher du soleil sur Tahai, chercher les caves naturelles… Nichée au fin fond du monde, elle en vaut largement le détour et il serait dommage de passer à côté de son Histoire. Aujourd’hui, Rapa Nui porte son nom et le brandit fièrement !

Face auxl moaïs de l'île de Pâques

Informations pratiques :

Se déplacer : L’idéal pour se déplacer est de louer une voiture. Le tour de l’île se fait en 1 heure sans arrêts. Compter 40 000 pesos / jour. Si une balade à cheval vous tente, ce sera 35 000 pesos. Pour les plus sportifs, il est possible de louer des vélos (8 000 pesos pour 8 heures / 12 000 pesos pour 24 heures). Vous pouvez toujours vous essayer au scooter ou au quad mais le climat change rapidement : vous êtes prévenus…

Pour manger : Sauf si vous êtes de gros mangeurs, sachez qu’un plat pour 2 peut être largement suffisant tellement les doses sont gargantuesques.

Parc national : l’entrée du Parc National permettant d’accéder aux sites d’Orongo et de Rano Raraku coûte 30 000 pesos.

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